Silence

SILENCE de Martin Scorsese A l'heure de l'annonce du partenariat entre Netflix e...


SILENCE de Martin Scorsese

A l'heure de l'annonce du partenariat entre Netflix et Scorsese pour la production de son nouveau film. Il est temps de parler du dernier opus de son œuvre silence qu'il a mis vingt ans tourner. Ce film est tiré du livre éponyme de Shusaku Endo. Bizarrement ce film majeur dans sa filmographie, si épuré a fait l'unanimité dans notre maison alors que nous avions tous les deux une vision différente du message religieux que voulait faire passer le réalisateur. Cet écrit encore plus que d'habitude est juste l'expression de mon sentiment.
L'histoire se situe au XVIIeme siècle. Au japon, les jésuites qui évangélisés l’île ne sont plus les bienvenus. Le père Cristovao Ferreira a disparu. Il est un missionnaire de premier ordre. Au détour d'un convoi marchant et maritime une lettre arrive ou il renie Dieu, et son engagement dans les ordres.

Face à ce courrier deux frères qu'il a formé, décident de s'embarquer pour le Japon. Ils ont conscience d’être les derniers missionnaires à y partir, leur but est de trouver le père Ferreira. Mais des qu'ils arrivent, ils se retrouvent face à une population évangélisée en pleine détresse car elle ne peut pas exercer son culte. Ils se mettent à dire des messes, donner des sacrements, et sont vites confrontés à l'inquisition japonaise. Il y a des films qui vous touchent par leur beauté. La beauté sans fioriture de ce film m'a ému. Scorsese pause sa caméra de ne manière à ne laisser de la place qu'à l'histoire. Certaines images sont très légèrement desaturées, d'autres sont très contrastées. Les scènes de nuits sont aux flambeaux. Il n'y a jamais une lumière ou une image qui est facile. La maîtrise du maestro est totale.

Tout est beau et il est bon de se laisser mener par le réalisateur. Et il faut avouer que c'est assez prodigieux, car c'est un film fleuve de 2h40 et une partie est consacrée à regarder appliquer des tortures aussi bien physiques que morales, mais à aucun moment il y a de l’ennui. Il y a une alchimie parfaite entre ce film et son spectateur. Puis il y a cette manière de filmer l’Asie fantasmée de cette époque; ses couleurs ses habits, ses tissus ses habitations. Le pauvre et le riche, celui qui vit dans les petits villages, et ceux qui vivent dans un lieu un peu plus urbain; ce sont des films dans le film. Tout est remis en cause et filmé différemment avec une maîtrise parfaite. J'aime son choix d'acteurs, ils sont tous très bons. Mais le tandem Adam Driver et Andrew Garfield est un pur bonheur. On a l'impression qu'ils sont nés pour avoir ces rôles. Et même si je suis pour plus d'Adam Driver dans ma vie de cinéphile. Je trouve qu'il a un corps pour incarner le frère Francisco Garupe.
Son aspect longiligne, ses cheveux bruns et raides donnent corps à sa vision de la religion. Sa volonté d’être intègre face à ce qu'il a appris. Il y a dans cet homme d'un profond sentiment religieux qui va de paire avec le respect des règles qui lui ont été enseignées; et une volonté d'aider les autres. Il est probablement le personnage le plus attachant de ce film car il est le plus déchiré. Andrew Garfield quant à lui est le frère qui est le plus apte à détacher sa foi des rituels qui accompagnent son culte.

Très rapidement il montre comment il peut passer sur certaines choses, et démontre une aptitude à prioriser des événements même les plus inacceptables à nos yeux. Puis il y a la manière dont il apparaît spécialement en seconde partie du film, avec ses cheveux souple coiffés, ses kimonos. Tout, même dans les pires moments respire en lui, la réflexion,et la force de ses convictions et son adaptabilité. Le sujet du film nous amène aussi à parler de l'inquisition japonaise. Je ne connaissais rien de ça. C'est un peu l'anti thèse de ce qui s'est passé en Europe, avec une seule constante la torture. Le but ici est que les japonnais abjurent la religion catholique et soient tous bouddhistes. On pourrait parler pendant des heures sur le fait que le bouddhisme est la religion pacifique par excellence et que c'est pas compréhensible qu'elle se retrouve au milieu de tout ça. Mais elle apparaît tout autant utilisée que l'est le catholicisme.

L'inquisition ici , permet de poser des question sur la torture. Elle est mise en scène en reprenant l'imagerie de la religion catholique. Et alors qu'en Europe les historiens la décrivent comme plutôt physique, ici quand le but est de faire céder un prêtre la torture est morale, et menée par quelqu'un qui connaît les mécanismes des religieux.
Mais ce film est aussi un questionnement sur la religion, et à bien des égards il ressemble au questionnement d'un croyant sur sa foi et sur l'église. Chaque moment du film semble toucher interroger un thème précis. Que ce soit la place du religieux dans l'institution? qui est le plus important l'individu ou l'institution? Ou encore est ce que dieu est dans l'église ou dans les silences? Ce ne sont que quelques uns des thèmes de réflexion abordés

Ce film m'a fasciné. Mais je suis athée et j'ai une culture catholique de base. J'ai pu avoir la distance parfaite pour l'apprécier. Alors que d'autres personnes, pour différentes raisons y seront insensibles. Mais a minima c'est un très bel objet cinématographique.

Cien anos de perdon

Pete, braqueur réglo et très pro, se lance avec cinq de ses hommes sur un gros coup : le casse ...


Pete, braqueur réglo et très pro, se lance avec cinq de ses hommes sur un gros coup : le casse d'une grande banque internationale. Ils doivent maîtriser une dizaine d'otages et vider un maximum de coffres-forts avant de s'échapper par un tunnel souterrain. Mais l'opération se complique lorsqu'ils réalisent que leur unique voie de sortie est inondée. Pris au piège de cette forteresse, les braqueurs finissent par découvrir que l'un des coffres renferme bien plus que de l'argent. Et si leur mystérieux commanditaire ne leur avait pas tout dit ?

Cien anos de perdon – 31 Janvier 2017 – Réalisé par Daniel Calparsoro

[EDITO] Depuis la généralisation du piratage des œuvres cinématographiques et l’échec des diverses politiques de répression qui ont été mises en place; il y a toujours un problème majeur qui se pose, la disponibilité du film dans le cadre d'une offre légale face au piratage. Globalement (C'est un exemple général, pas une généralité), un film est disponible en dvd/bluray au bout de quatre mois après sa sortie en salle, dépassé ce délai, le film se retrouve (Presque automatiquement) alors sur la toile dans une qualité équivalente. De ce fait, un film qui met plus de quatre mois entre ça première date d'exploitation et l’hypothétique date de sortie chez nous à donc plus de chance de se faire pirater, car il sera d'une meilleure qualité et qu'il sera ainsi plus intéressant pour l'internaute. Un bémol qui devrait faire réfléchir tout les acteurs du marché, car ça les pénalise tous et qu'au final si nous consommateurs on veut faire un effort, il faut aussi que ça suive de l'autre coté … [FIN EDITO]

Cela fait plusieurs années que je reste à l’affût de la moindre sortie d'un film espagnol, du moins j'essaye et quand j'y arrive je ne le regrette que rarement. Mais ce qui est difficile quand on apprécie le cinéma espagnol, c'est qu'en plus de ne pas être bilingue, c'est de devoir attendre que le film sorte en France, soit directement en vidéo, soit au cinéma (Le Graal) et la c'est un chemin de croix. Ici j'ai attendu entre la sortie espagnole du film de Calparsoro et la sortie chez nous en VOD, dvd et blu-ray presque onze mois et diantre qu'est ce que c'est long …

C'est un jour comme un autre à Valence, enfin presque, si ce n'est les trombes d'eau qui s'abattent sur la ville en discontinue et qui donne à la ville un air de fin du monde. Malgré tout la vie continue, les gens se rendent au travail, comme ceux d'une banque du centre, ou mobilisés autour de leur patronne, ils commencent une nouvelle journée. Les clients arrivent avec leurs lots d'interrogations et d'agacements, une nervosité ambiante qui fait partie de leur travail. Une journée qui va alors prendre une tournure étonnante, une bande de braqueurs arrivent dans la banque et les prennent en otages. L'équipe à l’œuvre est menée par « El Uruguayo » et « El Gallego » qui ont un plan extrêmement bien pensé qu'ils développent sans encombre, se montrant même courtois avec les otages. Alors que chacun sait ce qu'il a à faire, que tout semble aller pour le mieux, une imprévue s'invite dans l'équation, la pluie ! « El Gallego » qui s'occupe de l'issue de secours pour s'échapper, trouve leur sortie remplie d'eau et comme il n’arrête pas de pleuvoir, le timing devient de plus en plus court. Et quand enfin ils se décident à filer, ils sont dans l'incapacité de partir de la banque … 

Sur le papier, comme avec les bandes-annonces, « Cien anos de perdon » promettait un divertissement de qualité, un « Inside Man » espagnol avec toute la particularité de cinéma, inventif, puissant et audacieux. Hélas à mon grand regret, le dernier film de Daniel Calparsoro se prend les pieds dans le tapis, par un excès de générosité manifeste qui ne rentre pas dans les 97 minutes que dure le film.

Au scénario on trouve « Jorge Guerricaechevarria », un scénariste de renom qui est un collaborateur régulier de « Alex de la Iglesias » (El dia de la bestia, Perdita Durango) et de « Daniel Monzon » (Celda 211, El Nino). Son histoire est au départ un braquage classique, avec plan établi, prise d'otages, fuite, mais il complexifie cela en ajoutant une seconde intrigue impliquant un homme politique. Dans sa seconde partie, le film ressemble alors à « The Bank Job » de Donaldson ou les braqueurs se retrouvent face a quelques de choses d'inattendu et de bien trop grand pour eux, mais ceux du film s'en servent comme d'une monnaie d'échange pour s'assurer une fuite tranquille. Un jeu de dupes intéressant jusqu'au final qui met en lumière la corruption dans le milieu politique espagnol.

Sauf que cela n'est intéressant que par intermittence, car le scénariste a multiplié les intrigues jusqu'au point qu'on ne comprenne plus qui est qui, qui fait quoi et pourquoi. Le film se noie littéralement sous ses propres sous-intrigues, entre deux braqueurs en conflit, les braqueurs et la police, les braqueurs et les services secrets, la police et les politiques ou encore la police et les services secrets. C'est confus, énervant, inintéressant, frustrant et cela gâche le potentiel de départ, surtout que dès que le récit se recentre sur son intrigue principale, le film revit et les acteurs peuvent s'exprimer pleinement.

C'est la que le film n'a pas grand chose à se reprocher, car le réalisateur Daniel Calparsoro sait tenir sa caméra pour mettre en valeur ses décors et ses comédiens. La photographie de Josu Inchaustegui est impeccable même si un peu simple dans l'idée (bleu/gris pour la pluie et jaune pour le beau temps), elle ne manque pas d'intensité ni de contraste et couplé au travelling aérien ample de la ville de Valence c'est juste magnifique.Une précision que l'on retrouve à la fin, ou débarrasser du superflu, le cadre est précis, les mouvements assurés et le suspense se fait sentir peu à peu. Mais c'est trop peu pour relever le niveau du film auquel il manque au moins 30 minutes pour fonctionner correctement. Ceci dit il peut compter sur un casting de choc, avec entre autre Rodrigo de la Serna, Raul Arevalo, Jose Coronado, Joaquín Furriel, Patricia Vico et l'excellent Luis Tosar. 

Décevant !



Le Criminel

LE CRIMINEL de Orson Welles Nous avons du voir trois ou quatre films d'Orson Welles d&...


LE CRIMINEL de Orson Welles


Nous avons du voir trois ou quatre films d'Orson Welles d'affilés. Ils m'ont tous touchés de manières différentes. Lorsque Fred a décidé que j’écrirai sur The Stranger, son titre original, ça me convenait très bien. Alors que je récupérais les informations fonctionnelles sur le film, j'ai été surprise par la manière dont il était perçu,entre maillon faible de la filmographie du réalisateur et un film sur commande pas bien aboutit. Je n'ai pas eu ce sentiment et c'est de ça dont je vais vous parler. Avant tout je suis pleinement consciente de ne pas avoir les connaissances que d'autres ont, et que sûrement que les personnes qui ont une culture cinématographique plus étoffés que la mienne auront une autre vision de ce film. Mais pour moi il est une référence. 
L'histoire commence à la fin de la guerre. L'inspecteur Wilson, homme rondouillard qui fume la pipe est à la recherche de Frantz Kindler, un nazi de première importance.
Il est suspecté d'avoir théorisé et organisé la solution finale. Mais ce criminel de guerre a préparé son départ. Il est impossible de trouver son dossier militaire, une photo de lui, ou ses empruntes. La seule solution est de laisser filer un criminel moins important que lui, de le suivre, et il les amèneront à lui. C'est comme cela que le commissaire et l'ancien prisonnier se retrouvent dans un petit village américain. Le jour du mariage de Charles Rankin et de la fille du juge Mary Longstreet. Ce film a été tourné alors que s'ouvrait le procès de Nuremberg. Il aborde à chaud la fuite des criminels allemands, les camps de concentrations... je suis assez admirative de la rapidité avec laquelle ce film a été écrit, et réalisé et cependant le propos et mature et réfléchi, ça sonne juste, et l 'histoire reste efficace. L'une des autres richesses du scénario sont les ressorts psychologiques qui sont développés.

Même si dans tous les films que j'ai pu voir de ce réalisateur, elle a une grande place, ici elle est expliquée et développée « in vivo », ça met le spectateur dans une position d'observateur, voire de sentinelle, très agréable. A l'image , moi qui aime les films en noir et blanc avec de forts contrastes, j'ai été ravie. ils sont poussés à leurs maximums, en particulier à la fin du film. Ils viennent enrichir la construction de l'image, toujours si riche dans les fils d'Orson Welles. Elles se découpent en plusieurs plans avec une richesse géométrique et de profondeur que je n'avais jamais vu ailleurs. J'ai un vrai plaisir visuel devant ces films. Si celui ci n'est pas aussi bouleversant que ce que j'ai ressenti devant Citizen Kane,j'avoue que ça a été une magnifique expérience.


Ceci est majoré par tous les partis pris sur les éléments symboliques qu'il met en scène. Il est difficile d'en parler sans dévoiler le fil narratif de l'histoire. Mais la manière dont il exploite les symboliques autour de l'horlogerie, du temps, et de la vengeance m'a captivé, sa mise en image est tout aussi fascinante.
L’autre choix très courageux de la réalisation est très engagé. Orson Welles intègre à son film le visionnage d'une pellicule tournée au moment de la libération des camps de concentration. Ces images nous font encore détourner les yeux quand on les voit. On les connaît. On est conscient de l'horreur de ce qui s'est passé. Mais ici le film devient un témoignage historique. Et je me demande comment le spectateur de 1946 a vécu cela. Il est remarquable de voir comment ce passage est amené, comment le visionnage est encadré et expliqué,

presque de manière pédagogique. En tant que spectateur on n'est jamais laissé seul face à ces images. Je ne me souviens pas avoir vu cette manière de faire ailleurs. Et tout ceci est exécuté dans un cadre tout a fait classique. Une leçon de savoir faire. Le casting est mythique et je ne sais ce que je pourrai dire si ce n'est que, Orson Welles est à la fois inquiétant et charismatique. On comprend ce qui fascine sa nouvelle femme. Cette épouse est interprétée par Loretta Young. Elle excelle dans ce rôle de femme forte en plein déni. Puis Edward G Robinson est un policier psychologue assez anachronique mais fascinant.

Le Criminel ou The Stranger a été une découverte pour moi. Une leçon sur comment faire un film engagé en l'enrobant d'une forme pour le moins classique d'un polard. Pour moi le visionnage de ce film a été un moment privilégié.



I comme Icare

A la suite de la mort d'un Président d'un Etat fictif, le procureur Henri Volney qui s&...



A la suite de la mort d'un Président d'un Etat fictif, le procureur Henri Volney qui s'est penché sur ce décès refuse les conclusions de l'enquête. Il parvient à interroger un témoin qui lui dévoile la part d'ombre de cette histoire, mais les auteurs du meurtre ne souhaitent pas qu'il découvre la vérité.

I comme Icare - 19 Décembre 1979 – Réalisé par Henri Verneuil

Découvrir un film cela tient parfois à peu de choses, à l'envie, un nom ou alors une conversation. C'est ainsi qu'il y a quelques mois, après avoir découvert l'excellent film de Costa-Gavras « Z », on m'a conseillé au détour d'un échange sur twitter de me pencher sur un film de Henri Verneuil qui pourrait me plaire, car étant de la même veine que « Z ». C'est « I comme Icare », un film qui reprend à sa manière les grandes lignes sur l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy, soit 12 ans avant le chef d’œuvre de Oliver Stone « JFK ».

Marc Jarry est le président fraîchement réélu d'un pays dont on ne connaît le nom, mais qui rappelle fortement les USA. Une parade se prépare pour fêter sa réélection et pour aller à la rencontre de ses administrés. Tout se passe bien jusqu'au moment ou le président est atteint de trois balles dans le corps. Une enquête est vite diligentée, un suspect arrêté et des conclusions rendues promptement. Une chose qui convient à tout le monde sauf au procureur Henri Volney qui ne croit pas dans les affirmations de la commission. De ce fait on lui attribue les pleins pouvoirs pour enquêter sur la mort du président et faire la lumière sur cet événement tragique. Pour ça, il va reprendre avec ses collaborateurs les investigations au début, des témoins oculaires, aux images amateurs de vidéastes se trouvant sur le parcours du président défunt.

« I comme Icare » est au final un film assez bluffant ! Car au delà de la première impression qu'il nous laisse, c'est à dire une interprétation de l'assassinat de JFK et des différents éléments attachés à cette affaire, c'est aussi un film qui nous interroge sur notre capacité à croire ou non ce que l'on nous montre et à faire confiance à des vérités que l'on nous impose comme une évidence.

Henri Verneuil travaille son scénario avec le romancier Didier Decoin et livre une histoire qui synthétise à merveille ce fait tragique qu'est la mort de JFK. On retrouve un grand nombre d'éléments connus de tous, une enquête rapide et bâclée par une commission, un « coupable idéal », des preuves truquées, le film d'un témoin (Celui d'Abraham Zapruder), l'homme au parapluie, la possible participation des services secrets … Une connaissance du sujet qui ne fait aucun doute et en ne le nommant pas, en éludant le nom des USA, Henri Verneuil rend ça encore plus universel, car on a aucun mal à s'imaginer à la place des différents protagonistes et à voir cela arriver chez nous en France ou ailleurs. Par ce biais on ressent tout le trouble qui agite le monde dans les années 70, des différents coups d'états qui ont eu lieu à travers le monde, comme en Amérique du sud par exemple; mais on peut aussi citer l'affaire du Watergate qui a ébranlé les USA en leurs temps ou alors l'assassinat d'Aldo Moro en Italie. Des actes qui ont toujours remis en cause notre regard critique sur les pouvoirs qui nous gouvernent. Un changement que le personnage principal du film incarne !

Toute l’enquête est une remise en question permanente, chaque pas que fais Volney nous oblige comme lui à voir les faits d'une façon différente, à accepter que trois douilles ne se rangent pas cote a cote après trois coups de feu, à ne pas croire en l'authenticité d'une photo qui à l'air pourtant authentique, à envisager qu'un tel assassinat ne peut pas être le fait d'un seul homme.

Tout comme notre rapport à l'autre qui s'en trouve changé quand on assiste à une reconstitution de l'expérience de Milgram. Une ultime mise en garde avant de faire comme Icare. C'est un scénario extrêmement bien ficelé que Verneuil s'empare pour livrer un film au suspense indéniable et à la réalisation soignée. Le réalisateur privilégie même une forme d'épure à l'écran, rien n'est superflu et seul les décors essentiels sont là. Un travail remarquable tant on se croit dans un Dallas imaginaire. Puis peu à peu, la tension va aller crescendo, le suspense se resserrer sur notre procureur, c'est précis, admirablement rythmé et sans concession. Une ambiance amenée avec tact par Verneuil, qui peut faire confiance aux gens qui l'entourent, comme avec Ennio Morricone à la musique, Jean-Louis Picavet à la photographie ou encore le compétent Jacques Saulnier aux décors.

Quant au casting, je ne retiendrais qu'Yves Montand. Cet acteur habite son rôle avec beaucoup de talent et de force; un procureur opiniâtre qui à ne pas en douter, inspirera certainement Oliver Stone pour "J.F.K". 



Un excellent film !


Poster par Leszek Drzewinski


Gangster Squad

GANGSTER SQUAD de Ruben Fleischer Dans la foulée de l'engouement pour La la land...




GANGSTER SQUAD de Ruben Fleischer

Dans la foulée de l'engouement pour La la land, et de mon coup de cœur pour Crazy, Stupid,Love, nous avions envie de rester encore un peu avec le tandem Gosling-Stone. Rajoutez à cela nos sempiternelles rendez-vous manqués avec Live by Night qui nous ont laissé sur notre faim et qui ont nourri notre envie de voire un film de gangsters ; alors on a finalement décidé de regarder ce film.

Au sortir de la seconde guerre mondiale, le sergent O'Mara rentre chez lui et trouve un Los Angeles bien différent de celui qu'il a quitté. La douceur de vie qu'il chérissait s'estompe peu à peu, et un mafieux du nom de Mickey Cohen règne sur la ville. C'est un ancien boxeur qui aime terroriser ses ennemis et éliminer les éléments défaillants de son organisation.

Un jour le sergent O'Mara décide de débarquer seul dans un de ses hôtels de passes. Il explose des portes, casse des nez, ouvre des arcades sourcilières et empêche une jeune fille de se faire violer. Il en profite pour libérer les jeunes femmes que l'on forçait à se prostituer. Loin, d’être félicité par son chef, les proxénètes sont libérés . Repéré, par le grand chef de la police, il se voit donner carte blanche pour former un groupe qui aura pour but d’empêcher les affaires de Mickey de tourner rond.
Le gardien des clés de ce blog a décrit ce film comme les incorruptibles qui aurait rencontré Guy Ritchie. Moi je ne dirai pas ça. Sûrement car j'ai un plaisir modéré à voire ses films. En plus je n'aime pas les anachronismes utilisés pour faire « cool ». mais c'est indéniable que ce film fait penser au chef d’œuvre De de Palma. Ou Eliott Ness aurait eu le droit de jouer les mêmes cartes que Al Caponne.

Comme très souvent il y a une base qui se veut classique . Toute l'imagerie des films des années 50 est convoquée. La voix off du héros. Les chapeaux mous et les costumes trois pièces sont les uniformes de ces policiers. Les femmes sont élégantes et ont ces coiffures si particulières à cette époque. Les verres d'alcool se vident et les cigarettes se consument en continue. Le mobilier est symbolique de son époque et le plus souvent dans les tons acajou et ocre. Les décors des lieux sont constitués avec minutie. Les personnages sont aussi très stéréotypés, il y a le jeune sans illusion, le brun ténébreux, le père de famille, l'homme qui transmet un flambeau, celui qui est annonciateur d'un changement sociétal, les corrompus, les méchants très mafieux, une rousse incendiaire, une femme enceinte. Un vrai répertoire de personnages codifiés.

Tout cela m'aurait profondément ennuyé si il n'y avait pas eu l'action .des moments transgressifs,bourrins à souhait, ça écartèle, tire dans les genoux, et autre petites réjouissances toutes les cinq minutes. Ça fait imploser ce classicisme et ce n'est que jubilation. C'est palpitant, bien que parfois cousu de fil blanc. Il n'y a pas eu un moment ou je me suis ennuyée.

Le casting est luxueux. On y retrouve entre autre, Michael Pena , trop rare dans ma vie de cinéphile, car à chaque fois que je le croise, j'adore le film ou il est. Anthony Mackie que l'on ne présente plus, Josh Brolin en vieux routier, mène le film avec classe et sobriété. Puis il y a le tandem, Ryan Gosling et Emma Stone toujours juste dans leurs jeux, et lumineux lorsqu'ils partagent l'écran. Puis il y a Sean Penn qui bizarrement pour moi est l'erreur de casting. Alors que personne ne connaissait le mafieux qu'il interprète, pour qu'il lui ressemble un peu on lui a posé des prothèses. Mais ce n'est pas une réussite, ça lui donne l'aspect d'un monstre de foire. De plus il surjoue le coté nerveux et excessif ce qui est peu convaincant. Il ressemble a un ex boxeur sur le déclin autant qu'a un troll anorexique.

Gangster Squad n'est certes pas le film de l'année, mais il est honorable et permet de passer un moment agréable.



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